La Rochelle « Port Canadien »

Armé pour le Québec.

Commençons pas la fin : en 1763, le traité de paix de la Guerre de Sept ans offre à la couronne d’Angleterre les possessions françaises au Canada. Un drame commercial ! Chambre de commerce et marchands de La Rochelle implorent Choiseul, Ministre de la Marine et des Colonies : « Plutôt une guerre éternelle que de céder jamais le Canada et nos pêches. » Mais il est trop tard, c’est signé ! Signée aussi la fin d’un rayonnement économique qui avaient fait de La Rochelle, dès le milieu du XVIIe siècle, le premier port canadien du Royaume.

 

Simple village de sauniers et de pêcheurs à la fin du premier millénaire, La Rochelle sait bien vite tirer parti, avec sa rade abritée par les îles, d’une situation idéale en plein golfe de Gascogne. Dès le XIIe siècle, un port se développe et avec lui, sur toute l’Europe atlantique, un trafic commercial (sel, toiles d’ici ; cuirs, épices, étoffes d’ailleurs).

Quand sonne l’heure de regarder de l’autre côté de l’océan, La Rochelle est déjà prête. Et ce ne sont pas les états d’âmes confessionnels de Champlain qui changeront le cours des choses. Le fondateur de la ville de Québec (1608) a beau écarter les Rochelais des compagnies auxquelles il offre le monopole du commerce des peaux (celles-ci proches du pouvoir royal), les mêmes Rochelais, par la contrebande, maintiennent leurs affaires des deux côtés du Saint-Laurent. Une désobéissance commerciale qui paiera ! Car avec la disparition du « système Champlain » (selon Didier Poton, professeur des Universités/La Rochelle), les Rochelais, sortis du tragique siège de 1628, travaillent au redressement économique de leur ville. Là, le commerce est bi-confessionnel : protestants et catholiques contrôlent le trafic avec la Nouvelle France. C’est ici que sont armés l’essentiel des navires pour le transport des passagers et l’établissement des colons – gens de métiers, condamnés, marins et marchands, filles du Roi, jésuites, soldats. C’est à La Rochelle encore que l’on reçoit les fourrures et pelleteries.

Ironie du sort et des traités internationaux, au moment de la Guerre de Sept Ans, le pouvoir Royal demande aux armateurs rochelais, majoritairement protestants, d’assurer le ravitaillement et le renfort des colons au Québec. En 1763, à la fin de la guerre, seuls les armateurs s’en souviendront.

Le déclin des échanges commerciaux avec les ports du Saint-Laurent classe au rang de l’histoire passée le titre de La Rochelle « Port Canadien ».

A la fin du XIXe siècle, avec la construction du port de La Pallice, on imagine un sursaut des relations économiques, du transport de marchandises et de passagers vers le Québec. Mais cela ne dépassera pas l’intention.

Reste à présent le plus beau des liens qu’ont pu tisser deux pays sur le 46e parallèle nord. Il n’est pas marchand, c’est celui du cœur et d’une mémoire commune.

 

A lire :

Augeron, Mickaël, et Dominique Guillemet Champlain ou Les portes du Nouveau Monde Geste Éditions, 2004.

Bergeron, Yves, et Didier Poton, La Rochelle-Québec : embarquement pour la Nouvelle-France, Éditions du Patrimoine 2008.

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